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Le Grand Entretien avec Denis Fégné

Denis Fégné – Député des Hautes-Pyrénées et Président du groupe d’études sur le thermalisme à l’Assemblée nationale

Vous avez organisé cette année la 3e Journée parlementaire du Thermalisme à l’Assemblée nationale. Quel message souhaitiez-vous adresser aux parlementaires, aux professionnels de santé et aux patients à travers cette initiative ?

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Cette 3ᵉ Journée parlementaire du Thermalisme revêtait une dimension particulière puisqu’il s’agissait de la première édition organisée à l’Assemblée nationale, après deux rendez-vous réussis au Sénat grâce à son fondateur Jean-Marc Boyer.

Le premier message était simple, le thermalisme bénéficie aujourd’hui d’un large soutien parmi les parlementaires. Mais il ne s’agissait pas seulement de réunir des convaincus. Nous avons également souhaité ouvrir le débat à des élus plus réservés afin de confronter les points de vue, entendre les critiques, examiner les interrogations et y répondre sereinement. C’est ainsi que progresse toute politique publique fondée sur les faits.

Cette journée intervenait également à un moment charnière. Le Gouvernement ayant saisi la Haute Autorité de Santé pour une évaluation du thermalisme, il était essentiel que les professionnels de santé, les représentants des patients, les scientifiques et les élus puissent échanger directement avec la HAS sur la méthode retenue et le calendrier annoncé.

Plus d’une centaine de participants ont pris part à ces échanges. Tous partageaient une même conviction : le débat doit s’appuyer sur des données objectives et non sur des idées reçues. Le thermalisme concerne chaque année plus de 470 000 patients. Il mérite donc d’être évalué sérieusement, discuté sereinement et mieux compris. Cette journée avait précisément pour ambition de faire circuler une information rigoureuse au sein de l’Assemblée mais aussi dans les territoires où de nombreux élus locaux, professionnels et patients étaient présents.

Dans un contexte marqué par les débats récurrents autour du remboursement des cures thermales et par l’évaluation engagée par la Haute Autorité de Santé, comment envisagez-vous l’avenir de la médecine thermale dans notre système de santé ?

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Une évaluation est désormais engagée par la Haute Autorité de Santé. Le calendrier est connu, une phase de cadrage tout au long de l’année 2026 avant le lancement des travaux d’évaluation à partir de 2027. Je considère cette démarche comme une opportunité.

Depuis trop longtemps, le thermalisme est parfois caricaturé ou assimilé à des pratiques qui n’ont rien à voir avec une médecine prescrite par des médecins et encadrée par l’Assurance maladie. Pourtant, des travaux scientifiques existent déjà. L’AFRETh a financé plus de 60 études cliniques et de nombreuses publications ont démontré le service médical rendu de cette prise en charge dans plusieurs indications thérapeutiques. L’évaluation de la HAS permettra d’apporter une reconnaissance institutionnelle supplémentaire et de clore un certain nombre de débats.

Au-delà de la question du remboursement, il faut surtout changer de regard. Le thermalisme représente seulement 0,1 % des dépenses de l’Assurance maladie. La vraie question est donc celle de son utilité pour la collectivité. Or les données présentées montrent qu’il peut contribuer à réduire certaines consommations médicamenteuses, éviter des hospitalisations et générer des économies pour notre système de santé.

Dans une société confrontée au vieillissement de la population, à l’explosion des maladies chroniques et à la nécessité de renforcer la prévention, le thermalisme ne doit pas être considéré comme une dépense supplémentaire mais comme un investissement de santé publique.

Vous défendez régulièrement le thermalisme comme une réponse aux enjeux du vieillissement, des maladies chroniques et de la prévention. Quels sont, selon vous, les principaux atouts du thermalisme pour relever les défis sanitaires des prochaines années ?

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Le thermalisme est souvent associé à la rhumatologie, qui représente aujourd’hui plus de 80 % des cures prescrites. Mais son champ d’action est bien plus large. Il intervient également dans les affections respiratoires, dermatologiques, vasculaires, psychosomatiques ou encore dans l’accompagnement de problématiques comme l’obésité, certaines suites de cancer ou la santé mentale.

Nous faisons face à une progression constante des maladies chroniques. Plus de 14 millions de Français sont aujourd’hui concernés par une affection de longue durée et ce chiffre pourrait atteindre 18 millions d’ici 2035. Dans ce contexte, nous devons mobiliser toutes les solutions efficaces.

Le thermalisme n’est évidemment pas la réponse unique. Mais il constitue l’une des réponses possibles pour de nombreux patients. Son principal atout est de proposer une approche globale, humaine, non médicamenteuse, qui s’intègre dans un parcours de soins coordonné. Les témoignages des patients sont souvent éloquents : amélioration de la qualité de vie, réduction des douleurs chroniques, regain d’autonomie ou diminution de certaines consommations de médicaments…

Pour renforcer cette dynamique, il faut également mieux faire connaître la médecine thermale au sein des études médicales et encourager davantage de professionnels à s’y former. C’est une médecine qui a démontré son utilité, elle doit désormais être pleinement intégrée aux réflexions sur la santé de demain.

Les stations thermales jouent également un rôle essentiel dans l’équilibre économique et l’accès aux soins de nombreux territoires ruraux et de montagne. Comment les politiques publiques peuvent-elles mieux accompagner cette double mission sanitaire et territoriale ?

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Le thermalisme est un exemple rare où les enjeux sanitaires et territoriaux se rejoignent parfaitement. La plupart des collectivités locales l’ont bien compris et accompagnent déjà fortement leurs établissements thermaux. Elles savent que ces infrastructures sont à la fois des outils de santé publique et des moteurs de développement local.

Près de 70 % des établissements thermaux sont implantés dans des communes de moins de 5 000 habitants. Dans un contexte de désertification médicale, ils constituent souvent un facteur d’attractivité décisif pour l’installation et le maintien de professionnels de santé. Les villes thermales comptent d’ailleurs une densité de médecins généralistes largement supérieure à la moyenne nationale.

L’impact économique est tout aussi important. Les stations thermales génèrent des milliers d’emplois directs et indirects, soutiennent l’activité des commerces, des hébergements et des services locaux. Elles contribuent également aux recettes fiscales et sociales du pays.

Les politiques publiques doivent donc avant tout garantir un cadre stable et lisible. Les acteurs du thermalisme ont besoin de visibilité pour investir, moderniser leurs équipements et continuer à jouer pleinement leur rôle au service des patients et des territoires.

Si vous deviez imaginer le thermalisme français à l’horizon 2035, quelles évolutions souhaiteriez-vous voir émerger pour renforcer sa reconnaissance, son attractivité et sa contribution à la santé publique ?

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Je souhaite d’abord laisser la science faire son travail. L’évaluation conduite par la Haute Autorité de Santé constituera une étape déterminante et il serait prématuré d’en anticiper les conclusions.

En revanche, plusieurs objectifs me semblent déjà évidents. Le premier est de renforcer la place de la médecine thermale dans la formation des futurs médecins afin qu’elle soit mieux connue et mieux intégrée aux parcours de soins.

Le second consiste à développer davantage la dimension préventive du thermalisme. Dans une société confrontée au vieillissement, à la perte d’autonomie et aux maladies chroniques, nous devons encourager toutes les approches susceptibles d’améliorer durablement la qualité de vie des patients.

Enfin, je souhaite que l’ensemble des acteurs — Haute Autorité de Santé, ministère de la Santé, professionnels, chercheurs et représentants des patients — puissent travailler ensemble pour faire évoluer le modèle lorsque cela sera nécessaire. Durée des cures, nouvelles indications thérapeutiques, place dans les parcours de soins : aucun sujet ne doit être tabou…

À l’horizon 2035, et même bien avant, je souhaite que le thermalisme soit reconnu pour ce qu’il est réellement, une médecine à part entière, fondée sur l’évaluation, utile aux patients, bénéfique pour les territoires et pleinement intégrée à notre stratégie de santé publique.