Le Grand Entretien avec Danielle Faure-Imbert
Danielle Faure-Imbert, co-présidente de la Fédération Thermale Auvergne-Rhône-Alpes
La médecine thermale traverse-t-elle une nouvelle crise ?

Oui, le thermalisme vit actuellement une crise sans précédent.
Alors que la fréquentation de nos établissements n’a pas encore retrouvé le niveau d’avant-Covid (en 2024, fréquentation nationale -18% par rapport à celle de 2019), nous faisons face à une double remise en question, celle de la pertinence des dépenses de santé qu’elle engendre, et celle de l’efficacité même de cette thérapeutique.
Ce n’est pas nouveau : certains opposants, mal informés, caricaturent encore la médecine thermale en la qualifiant de « vacances payées par la Sécurité sociale ». En général, ils ignorent tout de son efficacité dans le traitement de pathologies chroniques, pour lesquelles il n’existe pas de traitements médicamenteux, sauf symptomatiques donc ponctuels.
Quelles sont les menaces concrètes qui pèsent aujourd’hui sur la prise en charge des cures thermales ?

Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante cette année, c’est l’intervention de la Cour des comptes. Dans un contexte de rigueur budgétaire, elle a suggéré de baisser le niveau de prise en charge des cures, sous prétexte que leur efficacité ne serait pas prouvée et que la France serait le seul pays d’Europe à les rembourser. Ces deux affirmations sont fausses.
La profession a répondu fermement, notamment en transmettant à la Cour les 60 études cliniques menées par l’Agence Française pour la Recherche Thermale (AFRETH) depuis 15 ans dont beaucoup démontrent le Service Médical Rendu (SMR), ainsi qu’un tableau comparatif des politiques de remboursement dans les autres pays thermaux européens.
Quelles conséquences aurait une baisse du remboursement pour les patients et les stations thermales ?

Une baisse ou un déremboursement aurait des effets très négatifs. D’abord, beaucoup de patients renonceraient à leur cure, ce qui nuirait directement à leur santé. Ensuite, cela se traduirait par une augmentation des dépenses de santé, notamment via une consommation accrue de médicaments, davantage d’hospitalisations et d’arrêts de travail. Enfin, cela mettrait en péril l’équilibre économique des établissements thermaux et des acteurs locaux du secteur.
Nous mettons tout en œuvre pour que la voix du thermalisme soit entendue, que les fausses informations soient démenties et que notre médecine efficace soit reconnue à sa juste valeur.
Quelles sont les pistes envisagées pour assurer l’avenir du thermalisme ?

Nous devons sortir plus forts de cette crise. Il faut que la médecine thermale ne soit plus périodiquement remise en question et qu’elle prenne sa place légitime dans le parcours du patient. Parallèlement, il faut poursuivre et intensifier la diversification des activités de santé.
Nous devons transformer nos stations en véritables Villes de santé, en développant des offres complémentaires, notamment en Prévention-santé. Les cures jouent déjà un rôle dans la prévention en ralentissant l’évolution des pathologies chroniques qu’elles traitent.
Mais nous devons aller plus loin avec des programmes de prévention primaire pour tous, les faire connaître et impliquer davantage les médecins et le grand public. Cela répond parfaitement aux orientations de la Stratégie nationale de santé 2023-2033, dont la prévention est un pilier majeur.
Avez-vous des exemples concrets de diversification déjà en cours dans la région ?

Oui, en Auvergne-Rhône-Alpes, la Fédération Thermale Auvergne-Rhône-Alpes (FTARA), avec le soutien de la Région, a lancé le projet STPS (Station Thermale de Pleine Santé), qui est un vrai projet Ville-Thermes dédié à la Prévention. Tous les acteurs de la station y participent. Ce projet s’appuie sur le programme-prévention élaboré par IIMT (Institut Interuniversitaire de Médecine Thermale).
Dans toutes les régions se développent de nouvelles offres : prévention primaire, prévention tertiaire (réhabilitation fonctionnelle, cures post-cancer…), programmes courts, accompagnement du vieillissement… Ces initiatives permettront de toucher de nouveaux publics, de renforcer l’attractivité des stations et de pérenniser leur avenir économique et sanitaire.

