À l’Assemblée nationale, le thermalisme affirme sa place dans la santé de demain
Patients, scientifiques, élus et professionnels réunis autour d’une même conviction , le thermalisme est devenu un enjeu majeur de santé publique. Entre reconnaissance scientifique, prévention, économie de la santé et aménagement du territoire, la 3e Journée parlementaire du thermalisme a marqué une étape importante dans le débat national.
Le Palais Bourbon accueillait, le 27 mai dernier, un rendez-vous inédit pour la filière thermale. Pour la première fois organisée à l’Assemblée nationale après deux éditions au Sénat, la Journée parlementaire du thermalisme a réuni plus d’une centaine de participants – parlementaires, représentants des patients, chercheurs, médecins, élus locaux et responsables d’établissements – autour d’une question devenue centrale : quel bénéfice le thermalisme apporte-t-il aux patients et quel est son coût réel pour la collectivité ?
Derrière cette interrogation se dessine un débat beaucoup plus large sur l’avenir du système de santé français, la prévention des maladies chroniques et la place des thérapies non médicamenteuses dans les politiques publiques.
Une médecine de prévention face aux défis du vieillissement
En ouvrant les travaux, le député des Hautes-Pyrénées Denis Fégné, président du groupe d’études Thermalisme de l’Assemblée nationale, a rappelé une réalité souvent méconnue.
Chaque année, près de 471 000 patients suivent une cure thermale conventionnée. Pourtant, cette activité ne représente qu’environ 0,1 % des dépenses de l’Assurance maladie, alors que les études montrent qu’un curiste sur deux réduit sa consommation de médicaments après sa cure. Pour Denis Fégné, le thermalisme répond précisément aux grands défis auxquels le système de santé est aujourd’hui confronté : vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques, prévention de la perte d’autonomie et recherche de solutions moins médicamenteuses. « Le thermalisme n’est pas une médecine du passé, mais une réponse moderne aux enjeux de demain », a-t-il résumé.
Au-delà de l’aspect médical, plusieurs intervenants ont également insisté sur le rôle joué par les stations thermales dans le maintien d’une offre de soins de proximité, particulièrement dans les territoires ruraux.
Un secteur mobilisé face aux interrogations sur le remboursement
Cette troisième édition intervenait dans un contexte particulièrement sensible. Quelques mois auparavant, les débats autour du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale avaient vu réapparaître l’hypothèse d’un déremboursement des cures thermales, suscitant une forte mobilisation des élus, des professionnels et des patients.
Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme et fondateur de cette Journée parlementaire, est revenu sur cette séquence qui a profondément marqué la filière. Il a rappelé la pétition ayant recueilli plus de 120 000 signatures en quinze jours, mais aussi le caractère transpartisan de la mobilisation parlementaire. Pour lui, le thermalisme dépasse largement les clivages politiques; il s’agit avant tout d’une question de santé publique.
La HAS veut construire une évaluation adaptée
L’un des moments les plus attendus de la journée fut l’intervention du Dr Cédric Carbonneil, représentant de la Haute Autorité de santé (HAS), chargé d’évaluer le service médical rendu des cures thermales.
La HAS a indiqué que le thermalisme ne serait évalué ni comme un médicament, ni comme l’homéopathie, mais selon une méthodologie spécifiquement adaptée à cette prise en charge complexe. L’évaluation prendra en compte :
- les pratiques réelles des établissements thermaux
- la littérature scientifique internationale
- les avis des sociétés savantes
- les données des professionnels
- mais aussi l’expérience et le ressenti des patients.
Autre point important, aucune conclusion ne sera disponible avant plusieurs années, les premiers travaux méthodologiques débutant seulement en 2026 pour des évaluations prévues à partir de 2027.
Les patients rappellent le bénéfice concret des cures
La première table ronde a donné la parole aux premiers concernés, à savoir les patients. Les témoignages ont illustré des bénéfices qui dépassent largement la seule amélioration des symptômes. Les représentants des associations ont évoqué la diminution durable des douleurs chroniques, une meilleure autonomie, le maintien de l’activité physique ainsi que la réduction de certaines consommations médicamenteuses.
Une patiente atteinte d’un lymphœdème secondaire après un cancer du sein a notamment expliqué avoir retrouvé une partie de son autonomie grâce aux ateliers thérapeutiques réalisés en cure. Pour les représentants des patients, un éventuel déremboursement représenterait une véritable perte de chance, notamment pour les personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicaps durables.
La recherche confirme un intérêt médico-économique
L’autre enseignement majeur de cette journée concerne l’économie de la santé. Le professeur Jean-Louis Montastruc, président du conseil scientifique de l’AFRETh, a présenté plusieurs travaux montrant une baisse significative de la consommation d’anti-inflammatoires et d’antalgiques après certaines cures thermales. Au-delà des bénéfices médicaux, ces diminutions pourraient générer des économies substantielles pour l’Assurance maladie tout en limitant les effets secondaires liés aux traitements.
Cette dimension a été approfondie par l’économiste Guillaume Moukala Samé. À partir d’une revue internationale de la littérature scientifique, il a montré que, pour plusieurs pathologies chroniques comme l’arthrose, la fibromyalgie ou la spondylarthrite ankylosante, les cures thermales présentent des rapports coût-efficacité comparables, voire parfois supérieurs à certaines prises en charge conventionnelles.
L’évaluation économique ne doit donc pas se limiter au coût immédiat des cures mais intégrer les dépenses évitées à plus long terme : hospitalisations, perte d’autonomie, arrêts de travail ou consommation médicamenteuse.
Le thermalisme, un atout pour les territoires
Les débats ont également rappelé que le thermalisme constitue un véritable levier de développement territorial. Avec près de 25 000 emplois, les stations thermales jouent un rôle essentiel dans de nombreuses communes rurales.
Julien Dubois, président de l’Association nationale des maires des communes thermales, a insisté sur le fait que les élus ne défendent pas uniquement une activité économique. Selon lui, si les collectivités sont mobilisées, c’est avant tout parce que les cures apportent un véritable bénéfice médical aux patients. Le thermalisme contribue ensuite au maintien des médecins, des commerces, des hébergements et des services publics dans des territoires souvent fragiles.
Au fil des échanges, un consensus s’est progressivement dégagé. Les intervenants estiment qu’il n’est plus possible d’évaluer le thermalisme sous le seul angle comptable. Ses effets concernent également la prévention, le vieillissement en bonne santé, la qualité de vie, l’autonomie des patients, la diminution des traitements médicamenteux ou bien encore l’équilibre économique des territoires… autant de dimensions qui dépassent le coût immédiat de la cure.
En clôturant cette troisième Journée parlementaire, le professeur Christian Hérisson a appelé à poursuivre les efforts de recherche afin de renforcer encore les preuves scientifiques du service médical rendu des cures thermales. Le message qui ressort de cette journée est clair; le thermalisme entend désormais être pleinement reconnu comme un acteur des politiques de prévention, de la prise en charge des maladies chroniques et de l’organisation territoriale des soins.
À l’heure où le système de santé cherche à conjuguer efficacité, soutenabilité financière et qualité de vie des patients, le thermalisme apparaît moins comme une dépense héritée du passé que comme une réponse possible aux défis sanitaires de demain.

















