Bilan des Rencontres Nationales du Thermalisme et du Bien-Être
Les Rencontres Nationales du Thermalisme et du Bien-Être, organisées par la Fédération Thermale et Climatique Française, se sont tenues les 5 et 6 novembre 2025 à La Bourboule et au Mont-Dore, rassemblant plus de 350 professionnels, élus et acteurs du secteur autour des enjeux actuels du thermalisme français.
Deux journées de débats et d'ateliers
Ces deux journées de débats et d’ateliers ont mis en lumière notamment la nécessité d’une mobilisation collective face aux défis tels que le changement climatique, les contraintes économiques et les évolutions de la prise en charge des cures.
Les participants ont partagé leurs analyses sur l’évolution des pratiques, la formation en médecine thermale et l’adaptation des établissements pour rester attractifs et durables.
Malgré une conjoncture difficile marquée par une fréquentation encore fragile dans certaines stations, l’événement a reflété un fort élan de coopération et d’échanges constructifs entre acteurs du thermalisme.
Nous vous avons préparé ci-dessous un résumé des principales sessions plénières ainsi que l’intégralité des sessions en vidéo.
Observatoire National 2025
La session 1 des Rencontres Nationales du Thermalisme et du Bient-Être présentait les résultats de la sixième et dernière année de l’Observatoire économique du thermalisme. Porté par la Fédération Thermale et Climatique Française avec l’Association nationale des Maires de Communes Thermales (ANMCT), le CNETh et Atout France, cet observatoire visait à mesurer de façon globale les impacts économiques, touristiques et territoriaux du thermalisme en France.
L’édition 2025 marque l’aboutissement du dispositif, avec un taux de participation record : près de 270 correspondants locaux mobilisés et un taux de retour de 73 %, garantissant la fiabilité et la solidité des résultats.
En 2024, le thermalisme français compte 87 stations et 100 établissements thermaux, majoritairement implantés dans des communes rurales ou de petite taille, confirmant leur rôle structurant dans les territoires.
Les résultats mettent en évidence une dynamique contrastée de la fréquentation. Les cures conventionnées progressent légèrement par rapport à 2023, mais restent en retrait par rapport à la période pré-Covid. À l’inverse, les activités non conventionnées (cures libres et bien-être) connaissent une forte croissance et dépassent les niveaux de 2019, constituant un levier important de fréquentation sans pour autant compenser totalement la faible croissance des cures médicalisées.
Les stations thermales confirment leur rôle moteur dans l’attractivité touristique des territoires. Elles concentrent l’essentiel de l’offre d’hébergement et de la fréquentation touristique locale, tout en attirant une clientèle majoritairement non locale. La fréquentation marchande progresse fortement en 2024, portée notamment par le développement des plateformes numériques de réservation.
Sur le plan économique, la filière thermale génère près de 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 25 000 emplois en 2024, en hausse par rapport à 2023 mais encore inférieurs aux niveaux de 2019. Les investissements des stations augmentent nettement, en particulier ceux dédiés à l’activité thermale, tandis que la situation financière des communes thermales s’améliore légèrement. Les engagements environnementaux des établissements thermaux poursuivent également leur progression.
Enfin, il est constaté une stabilité globale des profils de clientèles, avec une prédominance des publics seniors pour les cures conventionnées et une clientèle plus jeune pour le bien-être. Les acteurs du thermalisme renforcent leurs actions en matière d’attractivité, de diversification des offres, de communication et de mobilité. La session s’est conclue par l’annonce d’une synthèse transversale des six années d’observation, destinée à devenir un outil d’aide à la décision pour les élus et les acteurs de la filière
La dimension médicale du thermalisme : formation, exercice et perspective
La session 2 des Rencontres Nationales du Thermalisme et du Bient-Être était consacrée à la dimension médicale du thermalisme, à travers une table ronde réunissant les représentants du Conseil national professionnel de médecine thermale (CNP), des universitaires, des médecins thermaux et des représentants syndicaux. Les échanges ont souligné l’importance stratégique de la médicalisation du thermalisme français, qui constitue l’un de ses fondements historiques et différenciants.
La création du Conseil national professionnel de médecine thermale (CNP) a été rappelée comme une étape majeure pour structurer la discipline, renforcer son identité médicale et assurer sa représentation auprès des instances nationales (Conseil national de l’Ordre des médecins, Assurance maladie, Haute Autorité de santé). Le CNP vise à encadrer les bonnes pratiques, la formation, l’évolution des compétences et la reconnaissance professionnelle des médecins thermaux.
Un état des lieux de la formation en médecine thermale a été présenté. Celle-ci repose principalement sur deux diplômes : la capacité d’hydrologie et climatologie médicales (en deux ans) et le diplôme universitaire de pratique médicale en station thermale, créé pour élargir l’accès à la discipline, notamment aux internes et aux médecins en reconversion. Malgré ces dispositifs, les intervenants ont souligné un déficit de visibilité de la médecine thermale dans la formation initiale des médecins, limitant l’attractivité de la spécialité. La nécessité de sensibiliser plus tôt les étudiants et de renforcer les parcours de formation a été largement partagée.
Les échanges ont ensuite porté sur le rôle du médecin thermal, présenté comme un acteur central du parcours de soins : prescription et adaptation des soins thermaux, suivi médical du curiste, prévention, éducation thérapeutique et articulation avec le médecin prescripteur. La médecine thermale a été défendue comme une prise en charge globale, à la fois thérapeutique, préventive et orientée vers l’amélioration durable de la qualité de vie des patients atteints de pathologies chroniques.
Les difficultés actuelles de l’exercice professionnel ont été largement abordées : démographie médicale fragile, baisse de l’attractivité financière, manque de reconnaissance statutaire, contraintes liées au salariat et limites de prescription pour les médecins salariés. Les débats ont également mis en lumière les enjeux liés à la reconnaissance de l’expérience professionnelle (VAE), à l’évolution des statuts et à la place du médecin thermal face au développement des activités de bien-être.
Enfin, la session a insisté sur la nécessité de renforcer la reconnaissance de la médecine thermale comme une spécialité à part entière, fondée sur des preuves scientifiques, une formation spécifique et une forte utilité en santé publique. La dimension médicale a été présentée comme une valeur ajoutée essentielle pour l’avenir du thermalisme, appelant à une mobilisation collective des acteurs pour garantir la pérennité, l’attractivité et la crédibilité du modèle thermal français
L’adaptation des établissements thermaux au défi du changement climatique
La session 3 des Rencontres Nationales du Thermalisme et du Bien-Être, animée par le CNETh, était consacrée à l’adaptation des établissements thermaux au changement climatique. Les intervenants ont rappelé que le dérèglement climatique constitue une réalité scientifique avérée, déjà perceptible dans les territoires, et qu’il représente à la fois un risque majeur pour l’activité thermale et une opportunité d’innovation et de transformation.
Un cadrage général a permis de distinguer les notions d’atténuation (réduction des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation (gestion des impacts inévitables), cette dernière étant particulièrement stratégique pour les établissements thermaux en raison de leur forte dépendance aux ressources locales, notamment l’eau. L’accent a été mis sur l’importance de l’anticipation, de l’analyse des risques climatiques (sécheresses, canicules, inondations, pression sur la ressource en eau) et sur le coût largement supérieur de l’inaction par rapport à celui de l’action.
Le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNAC 3) et la trajectoire de référence à +4 °C à l’horizon 2100 ont été présentés comme des cadres structurants pour l’action publique et privée. Les établissements thermaux sont invités à intégrer cette trajectoire dans leurs stratégies, en privilégiant des actions progressives, sans regret, adaptées aux spécificités locales. De nombreux outils opérationnels existent pour accompagner les acteurs : diagnostics climatiques, outils de cartographie des risques, guides sectoriels et dispositifs d’accompagnement dédiés aux entreprises.
La session a également souligné le rôle central de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) comme levier stratégique pour la pérennité des établissements thermaux. La RSE a été présentée comme une démarche globale intégrant les dimensions environnementales, économiques et sociales, allant bien au-delà de la seule gestion de l’eau. Elle implique l’ensemble des parties prenantes : curistes, salariés, médecins, collectivités, fournisseurs, territoires et ressource en eau minérale naturelle elle-même. L’approche systémique et collective de la RSE a été identifiée comme un facteur clé de résilience et d’innovation.
Enfin, des retours d’expérience concrets ont illustré la capacité des établissements thermaux à s’adapter aux contraintes climatiques. Les exemples présentés ont mis en évidence des résultats significatifs en matière de réduction des consommations d’eau et d’énergie, de sécurisation des captages, d’amélioration de la performance environnementale des bâtiments et de prise en compte des effets du climat sur la santé, notamment dermatologique. Ces démarches montrent que l’adaptation climatique, lorsqu’elle est anticipée et structurée, peut renforcer la durabilité, la crédibilité sanitaire et l’attractivité du thermalisme français.
Adaptation au changement climatique : gouvernance, coopération et gestion de la ressource en eau
La session 4 des Rencontres nationales du thermalisme a approfondi la question de l’adaptation des stations thermales au changement climatique, en mettant l’accent sur la gouvernance, la coopération entre acteurs et la gestion durable de la ressource en eau. Les échanges ont souligné le caractère désormais concret, mesurable et systémique du dérèglement climatique, dont les effets impactent directement les modèles économiques, sanitaires et territoriaux du thermalisme.
Les intervenants ont rappelé que le risque climatique ne dépend pas uniquement de l’intensité des aléas, mais de leur interaction avec la vulnérabilité des territoires et des ressources. Les stations thermales cumulent deux fragilités majeures : une forte dépendance à l’eau thermale, ressource sensible aux variations climatiques, et une implantation géographique souvent exposée (zones littorales ou de montagne). Les effets déjà observés concernent la raréfaction de la ressource, les conflits d’usage, les pressions sur les infrastructures et les impacts sanitaires liés aux épisodes extrêmes.
Un focus particulier a été consacré à la ressource en eau thermale, caractérisée par sa pureté originelle, sa stabilité physico-chimique et sa vulnérabilité aux modifications du cycle de l’eau. Le changement climatique affecte la recharge des aquifères, la qualité de l’eau et les conditions d’exploitation. Les intervenants ont insisté sur la nécessité, pour chaque station, de mieux connaître son gisement, de renforcer le suivi et la métrologie, et d’investir dans des diagnostics scientifiques afin d’anticiper les évolutions à moyen et long terme.
La session a également mis en avant l’importance de la coopération multi-échelles (locale, régionale, nationale et européenne). Les démarches individuelles, bien que nombreuses et exemplaires, restent insuffisantes face à l’ampleur des enjeux. Le passage à l’échelle collective apparaît indispensable pour mutualiser les connaissances, structurer les démarches d’adaptation et sécuriser les financements. Les projets européens présentés, tels que ThermEcoWat et GreenSpa, illustrent cette approche collaborative, fondée sur la co-construction, le partage d’expériences et la production d’outils méthodologiques réplicables.
Enfin, la session a souligné que l’adaptation au changement climatique ne peut être dissociée de l’atténuation ni de la responsabilité sociétale des acteurs. La sécurisation de la ressource, la sobriété, la diversification des activités, la décarbonation et la revitalisation des territoires constituent des leviers complémentaires. L’ensemble des intervenants a convergé vers l’idée que l’adaptation est un processus collectif, structurant et stratégique, condition essentielle de la pérennité et de la crédibilité du thermalisme français face aux défis climatiques à venir
Site officiel
Pour toute information complémentaire sur les Rencontres Nationales du Tourisme et du Thermalisme, rendez-vous sur le site de la Fédération Thermale et Climatique Française
















